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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

6000mm-SR

R,

Je veux te décrire aujourd'hui le phare d'où je t'écris.
La cafetière est italienne, la tasse est de porcelaine, si fine que le liquide en effet subsiste chaud très longtemps. Cette tasse a une histoire tout comme les nombreuses petites cuillères dont Ch. fait la collection ayant repris celle de sa maman décèdée il ya peu...En lui parlant de Sy et de nos rencontres entre les enfants et les résidents, elle s'est mise à pleurer. Tu sais que je lui ai serré la main doucement comme tu me l'as appris.
A l'entrée, dans un cadre se tient fièrement appuyé sur une cane, une écharpe de laine blanche enroulée plusieurs fois, le Capitaine Charles F, tout juste revenu des tranchées blessé. On est en 1916. Il décèdera 60 ans plus tard à l'âge de 94 ans.
C'est le grand père de Ch. Il aura pas moins de 7 enfants avec la même audace dans le regard clair.
Si Ch. m'a laissé sa chambre, j'ai préféré conserver celle de l'invitée sans lui dire par pudeur, le lit est profond mais j'y dors merveilleusement bien en ayant conscience que je dors ainsi depuis mon voyage avec toi.
Partout des cartes, des horaires et des notices d'informations jonchent l'appartement : je prépare mon voyage à Sept-îles où je compte établir mon camp de poèsie, après avoir remonté la route des phares le long de la rive nord du Fleuve. Je te rapporterai la carte de cette route. Tu es là R, tu m'inspires chaque décision et chaque envie, c'est pour cela que je ne sais pas toujours pourquoi je fais telle où telle chose, marche,cours dans telle direction, souris à telle personne et puis subitement m'arrête pour m'allonger regarder le ciel, ses nuages et l'eau ruban d'argent.
Hier j'ai couru longeant le canal Lachine jusqu'au début du Fleuve au lac Saint louis toute à la pointe du parc René Lévesque là où les voitures n'accèdent plus. Au bord soudain le besoin inspiré : j'ai touché la surface du Fleuve de ma paume tendue comme à notre source et j'ai su que je touchais au même instant la tienne à 6000km de là. Ensuite j'ai couru jusqu'à l'aqueduc du canal et sur le ponteau en bois marine désert à cette heure je me suis allongée, le corps tout entier en avant sur le Fleuve, une légère brise a lavé ma sueur. J'ai du courir 32 km avant de reprendre le métro illuminée par la naissance d'un courant puissant, comme celui qui emporte dorénavant nos vies.

J'ai flané tout l'après midi, écoutant beaucoup de musique chez Archambault avant de me rendre au théâtre de verdure au Parc Lafontaine assister à une séance de cinéma de plein air assez magique. Beaucoup d'hommes toilettés parfumés et bronzés en fait un film programmé dans le cadre d'un festival...gai! Le film était une comédie musicale avec des textes très sensibles, primé à Cannes l'année passée : "Chansons d'amour". L'émotion était à son comble quand j'ai compris que l'amour était universel et qu'il ne supportait aucune critique, l'amour est international aussi, il passe les frontières, s'affranchit des mesures de sécurité, franchit les montagnes, et s'il déracine les arbres malades il sait en planter des beaux, des puissants, des vivants. L'amour dirige une grande entreprise de mots écrits, murmurés, chantés et criés, une entreprise multinationale. Son développement est durable car bienveillant, équitable à l'égard de tous les autres. Il ne peut être autrement, c'est sa seule raison de vivre, partager.
Montréal est une île, R, enchassée au milieu d'autres, un monde à part au milieu. Nous sommes une île nous deux flottante, en voyage toujours attelée à des chevaux de mots. Des aîles nous ont poussés deux aîles communes, grandes et repliables. Peu de gens le savent mais ne peuvent en douter. 

Je t'emmène R prépare ton sac la semaine prochaine, je t'emmènerai défiant le soleil rencontrer l'immensité, loin de la ville, uniquement nous deux. Comme j'en ai envie et peur aussi de quitter Montréal, c'est pourquoi il faut que je sente ta main serrer la mienne très fort comme si tu me précédais comme je veux que cela soit dorénavant...aujourd'hui, demain, toujours.

Alors au bout du monde, tu verras, on ne dira plus rien, on ne parlera plus, on s'écrira pour graver à jamais ces mots...Le silence de la mer nous unira, le miracle insaisissable sera planté tel un gland dans cette terre neuve. 
Aujourd'hui je vais nager sur l'île  Sainte HÉLÈNE ensuite j'irai acheter mon ticket de bus en partance pour le bout du monde, l'exploration de notre monde. Je partirai très tôt le matin, il fera encore nuit et j'arriverai à la nuit. Je compterai les phares, lirai Bachelard.

Le monde est témoin mains tenant combien je t'aime.

Le Québec me prépare à franchir avec toi le rubicon de nos vies. Il est le premier témoin tellement il témoigne de nos coeurs légers, beaux et transparents qui établissent un pont entre l'ancien monde et le Nouveau, le Nôtre. Un pont de mots, notre chère langue. Définitivement le Québec est français grâce à nos mots mêlés liés reliés par delà l'océan.

Le 24 juillet 1967... le Général disait ces mots qui lui échappaient, parce que ici, l'amour se dit haut et fort sans qu'on ait besoin même d'y penser. Le Québec est libre, ma liberté est la tienne R je sais ça mains tenant.

Tes mains à mes lèvres

s

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