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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

chamois

 

Samedi 5 février, l'Hôtel

 

J'avais décidé deux choses qui je pensais allaient peut être...redonner un sens à mon existence :

Rester à l'Hôtel pour des raisons pratiques : une lumière, un espace, des couleurs et une situation qui me convenaient décidément, une cabane au 4ème (j'avais visité tous les recoins de la ville à la recherche d'une autre cabane mais je n'avais vu que des niches... )et parce que ce voisin fou allait me fournir la raison rêvée de me battre (seule façon de se sentir vivante au fond).

L'envie comme la nécessité j'avoue de courir m'avaient fui, remplacés par le besoin encore plus intense de...marcher, marcher de plus en plus loin et longtemps. Changement notoire dans ma manière de vivre. Toujours le temps, la durée, cheminer assurément, le regard portant loin. Trébucher souvent, les cicatrices s'accumulant dans la chair, les traces indélèbiles d'une vraie existence. "La vie ça fait mal" réplique de Gena Davis dans le film Au-revoir à jamais.

Ce matin, un mail miraculeux de K. (comme toujours avec elle) mon amie, ma soeur va me décider à...écrire oui mais en le faisant partager à d'autres peut être, peut être pas mais peu importe en fait. Il s'agit de déposer ces mots trop lourds, pierres levées au bord du chemin et d'espérer je ne sais. Ainsi depuis hier, j'ai créé ce blog.

Le désir d'accompagner ma marche solitaire par des échos supposés, me défaire de ce face à face morbide avec cette autre, la perfect, la sans-douleur, la furieuse. La mort était devenue en ce début d'année come chaque fois mon quotidien. Noël me détruit comme pour que je puisse mieux me reconstruire ensuite, à condition que je parvienne à tenir à distance durant cette période "délicate"cette chienne affamée : la mort. Elle dort au pied de mon lit, attentive au moindre de mes gestes, m'avertissant de toute intrusion dans mon espace d'aliénée. Alors je ne rêve plus, ne retiens pas, n'y parviens plus ces fêtus de vie, instantanés de bonheur tels une odeur, un paysage, un visage, un sourire. Des petits riens censés me sentir être. Être quelque part. Ainsi chaque matin, je me réveille hagarde, je ne suis plus, nulle part. Roulée en boule, elle dort encore, repue de mes crises. Très vite, elle s'apprête pour me servir de canne blanche tout au long de la journée et me ramenée, bon chien à la niche. Alors je fais semblant, dans la rue, au bureau, chez l'épicier, sur la place : d'être là. Mais il n'y a personne, sauf ce drôle de porte-monnaie en forme de haricot. Je me dit alors que je n'aurai jamais rien fait germer, tout replier au contraire : l'origami sinistre et macabre d'une vie de papier, que j'espère recyclable!

"Si je ne peux plus rêver, plutôt crever!"

 

Rocher de la Fournelle, Dimanche 13 février, 14h

Sur le flanc blanc du Serre Gros, je croise l'OVS fort d'une cinquantaine de "sortants" très divers. A l'avant poste, papy-trail en plein championnat du contre-le-temps, un second hésitant et puis à la "traîne"le plus gros de la troupe, haletante, sifflante et transpirante, le regard rivé aux bouts de ses chaussures, cassée par le dénivelé qu'elle ingère à la verticale.

A contre-courant...je l'ai aperçu, sa croupe blanche escaladant en lacets (lui!) l'autre versant du petit ravin. Visible et pourtant transparent au groupe harnaché comme un âne, les cliquetis des piquets à la mode, résonnant ainsi des clochettes au coup des membres du troupeau.

L'ascension, il y a une heure par le trou du furet, choisie pour échapper à un autre groupe de randonneurs "furieux" a été éprouvante, chaque prise rendue hasardeuse par une paroi rocheuse en plein dégel. J'appréhende alors la descente qui va suivre, du même acabit apparemment. La peur que je ressens, je sais l'apprécier paradoxalement car elle me fait me sentir vivante, être.

Le changement véritable, cette métamorphose décrite cet été peu à peu ss'opérerait-il au coeur de cette Drôme depuis si longtemps sillonnée? Une Drôme refuge, exil, maquisde mes pensées. Une Drôme cabane où le ver à soie se nourrit si bien de ces feuilles de murier bientôt en fleurs.

C'est à lui, que je dois cette décision, ce nouveau plongeon vers un autre horizon. Jsb.

Je revois cet homme devant, courant : trailer impuissant de l'éternel. Le temps le rattrapera, peut être même l'a-t-il déjà rattrappé alors il fuit son visage, les autres derrière, son miroir. J'ai tourné la page de la course, m'interrogeant davantage sur le temps plutôt que remplir l'espace, mon corps de larmes avalées, d'amours perdus, de sourires éphémères. Régis me confie "en détention à perpétuité, le problème n'est pas l'espace, pourtant confiné mais le temps". Me serais-je moi aussi condamnée à perpet pour avoir, m'être laissée, autorisé...l'inaceptable à l'âge de 9 ans?

L'élastique alors me vient en image, rassemblant à lui seul les deux dimensions l'espace et le temps. J'ai depuis longtemps tenté d'étirer l'élastique que j'étais dans sa largeur et non dans sa longueur, sa hauteur. Me projeter ainsi assurément vers l'avant, l'avenir et non vers le souvenir insistant, sclérosant.

Porter mon regard loin. Pour être la seule, ce jour, à l'apercevoir : le chamois.

 

 

 

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