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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

de la contrainte au tout contre

 

Deux mots m'ont fait sortir de mon lit ce matin et entamer cette rédaction : je sais dire non et "tes" enfants.

Le rapport est subtil et en même temps pas nouveau. Comment se construit-on? Comment la plante se développe-t-elle? La plante ayant une bonne croissance harmonieuse est en général tutorée que ce soit par un tuteur mécanique, en bois par exemple ou par un positionnement idéal rapport à la source de lumière; certes l'humus est important mai bien manger n'est pas suffisant.

J'ai d'ailleurs menti sur ma liste, un mensonge par omission, le plus fort : je suis anorexique-boulimique depuis l'âge de 15 ans. Manger est une partie de l'iceberg.

Revenons au tutorat. Au dernier stage que j'ai animé ur le thème de la danse, les stagiaires sont arrivés à bien comprendre parce qu'ils l'ont vécu dans leur corps, un des principes fondateurs de l'acte de création : la contrainte.

Un obstacle sur un espace donné est une contrainte productrice de formes gestuelles originales.

Dire Non à un enfant va le renvoyer assez tôt et le plus tôt possible est le mieux, vers les limites fondatrices ici d'une forme de liberté.

« Ma liberté s'arrête où commence celle d'autrui. » Sartre.

ma liberté ne peut s'arrêter quà la seule condition qu'elle a commencé à être... Et c'est peut-être ça dire non à autrui, à un enfant : lui permettre de sentir vivant ce sentiment de liberté, qui nait et qui tatonne pour continuer à vivre.

Plus concrètement, la contrainte s'instaure dès la prime enfance à plusieurs niveaux : dans le laxisme le plus total (j'emploie le mot laxisme à bon escient, dire non constitue un effort autant mental que physique d'autant plus avec les personnes qui nous sont chères), dans l'absence et la démission, ou au contraire dans un dirigisme extrême, la maîtrise et le contrôle; On l'a compris, là comme ailleurs, il est un juste milieu...

 

 

Partons de l'absence de contrainte par absence, volonté éducative (l'enfant roi), un amour exacerbé, la culpabilité. Plusieurs réactions sont à craindre face à l'angoisse que cela fera naître :

- le repli sur soi, la coupure avec le monde comme vidé de toutes significations, informations pour un refuge interne qui va faire de la personne une totalité paradoxalement pleine et insaisissable, un sentiment de non-être (dépression chronique, marginalisation, refuge dans l'enfance, refus des réalités, instincts suicidaires...).

A l'image de la plante, en pleine lumière sans guide bienveillant, la croissance sera anarchique voir spectaculaire. Seulement, l'endurance et la résistance aux aléas climatiques, aux moindres coûts du sort seront difficiles, rendant la plante excessivement fragile. Le fait de n'avoir aucune contrainte peut dans certains cas induire aussi la création mais dans "la performance" et l'éphémère. La personne démunie de règles et de codes aura tendance pour survivre à créer ses règles propres, tout un univers singulier mais cela lui demandera une énergie considérable et se tenir à "sa création" sera douloureuse dans ses rapports avec autrui...Le désir bien compréhensible de faire entrer l'Autre dans son univers vital sera...mis à mal. Deux mondes ainsi créés de toutes pièces peuvent-ils se rejoindre?

- la violence, se débattre dans tous "les sens" corporellement pour trouver une limite justement avec durant toute cette errance l'angoisse horrible de ne jamais trouver quelqu'un à qui "se frotter". Le corps est éminemment en jeu ici. La violence pourra s'adresser à l'Autre mais aussi à soi-même (le cas dans tous les tca). Le besoin de contrôle, de maîtrise est ici primordial. Ce contrôle rassure la personne, lui fait "toucher" les limites, un cadre, un concept. Le besoin d'amour et affectif a tendance à englober, à "manger" tout le reste. La quête est comme du celle du graal, infinie. Et lorsqu'on pense y parvenir, à quoi ? à l'impossible: "tenir" l'autre en permanence, la chute qui s'ensuit renvoit à la case départ avec encore moins de bagages. La seule issue est d'apprendre sur chaque rencontre à "retenir" le sien propre, un bout de son identité pour peu à peu construire cette personne laissée à elle-même.

 

Dans le film "Parlez-moi de vous", ce sujet est magistralement traité par Karine Viard. La seule chose à laquelle "tient" et qui "tient" debout d'ailleurs l'héroïne est une carte-postale écrite par sa mère biologique qui lui fait la promesse de revenir la chercher... Sa quête de l'amour maternelle est ici tellement obsessionnelle qu'elle l'empêche de nouer toute relation sentimentale. On peut penser aussi que cette recherche empêche également le fait de devenir mère à son tour dans sa tête et physiquement...

Tenir à l'autre nous interroge donc dans tous les sens du terme et repose le principe "amoureux" peut-être en des termes relevant plus de l'équation chimique que d'un véritable sentiment?

 

Nous arrivons maintenant à voir les effets de trop de contraintes, éducation rigide pour certains, qui peut être aussi le désir de bien faire, de trop bien faire je dirais, en voulant protéger également. La contrainte aguerrit et fragilise dans le même temps. Les deux méthodes relatives à un amour excessif aboutissent à des choix (conscients ou pas) radicalement opposés mais s'appuyant tous les deux sur le souci de l'autre...(pas de jugement alors à porter mais rapidement apporter des médiations pour faire le moins souffrir les uns et les autres).

http://www.youtube.com/watch?v=V-sylUcmrtY

 

Une éducation trop sévère pourra être positivement reçue par un enfant qui ne doute pas un instant de l'amour de ses parents, de l'adulte en général..."Qui aime bien, châtie bien" est bien connu et beaucoup d'enfant le comprennent très vite. les maîtresses ou professeurs à la réputation d'être sévères sont plutôt bien perçus par les élèves, les parents, moins les collègues, même si cela ne se dit pas ouvertement...

Au centre éducatif fermé, les adolescents en semi-liberté... perçoivent cette autorité (enfin!...) plutôt positivement, ils désirent un tableau noir et un professeur exigeant qui sache "ne pas lâcher l'affaire". Ceci dit, revenir à cette autorité bienveillante après des années de démission de part et d'autre, n'est pas sans difficultés. Souvent, on constate...qu'il est malheureusement trop tard et là il faut avoir vraiment le principe d'éducabilité chevillé au corps et au coeur! pour continuer à faire son métier. Ce n'est jamais alors une question de moyens (malheureusement j'ose dire, car si il ne s'agissait que d'injecter des billets...) mais bien "la rencontre" qui se fera avec ce nouveau professeur ou pas (questions de parfum, d'hormones, de regard, de contact, de toucher... un wireless pédagogique loin de la didactique).

Seulement cette éducation lorsqu'elle s'inscrit dans un contexte d'interrogations permanentes sur le sentiment de se savoir aimé ou pas peut alors aboutir à des résultats diamétralement opposés. là encore les réactions se feront dans la violence (agressions verbales, physiques, opposition systématique) soit dans le repli sur soi avec violences intégrées...Ne pouvant avoir un contrôle sur l'extérieur, on va le rechercher sur soi de manière quasi hystérique. Se maîtriser tout entier sera une obsession dorénavant, on pourra alors se montrer très brillant en classe, sportif émérite et stakanoviste du travail. Ce genre de réponses, plus que favorables à la société fera que ces personnes trouveront difficilement un appui thérapeutique ou simplement amicale, des gens à qui se confier, des amis : pourquoi en effet une personne aussi "vernie" par le succés aurait à se plaindre? En général, ces pzersonnes se plaignent très rarement et ne "s'en prennent" toujours qu'à elles-même augmentant le phénomène de contrôle maladif.

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Je conclurais par le fait qu'il n'existe pas une éducation meilleure qu'une autre mais que l'affection, la bienveillance (je ne parle pas d'a...) joue un rôle prépondérant dès la naissance et...continuellement après! D'où la nécessité dans l'Education nationale de se réinterroger sur les gestes, le contact avec l'élève, un tas de petitts gestes pas si anodins que ça. Ainsi poser sa main sur la tête d'un élève ne devrait pas être considéré de prime abord comme un acte pédophile!

Notre société est véritablement malade du trop et du pas assez.

On privilégie encore et toujours la quantité à la qualité tout en faisant semblant de croire que la qualité ne peut advenir qu'à force de moyens. En attendant ces prétendus moyens, des enfants crèvent de l'absence d'une main sur l'épaule, les parents et les enseignants! d'une franche poignée de mains, d'un regard attentif et unique, d'un contact physique tout simplement. Considérer les réunions de parents comme une pénitence doit interroger sur son rapport à l'enseignement. Cette case dans le grand jeu de l'oie qui constitue un parcours scolaire est prépondérant. Le travail réalisé en maternelle doit pouvoir se perpétuer avec le même intérêt dans l'attention porté au partenariat avec les parents.

La Qualité reste pour moi, dans l'Education une manière d'être, un aspect sensible et non mesurable...qu'elle appartienne à l'élève comme à l'enseignant. Cultiver cet aspect n'est pas forcément dans la force et le déploiement de moyens coûteux et sophistiqués...Il peut "être" dans un simple bonjour individualisé au portail.

Ces remarques peuvent sembler insipides et inintéressantes : parce que sans doute, elles rappellent le bon sens et la simplicité. Et aussi que faire ce qui dépend de nous et seulement de nous, sans renvoyer la tâche à d'autres rassure sur sa présence au monde!

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