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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

En traînant(3)

 

Le soleil se couche, donnant une couleur étonnante, rose et bleu au paysage d'eau et de lichen vert tendre. J'aperçois de nombreux nids d'aigle juchés sur les poteaux électriques mais point de gros mammifères, je suis un tantinet déçue vu les espaces désertiques et immenses pendant des miles et des miles traversés juste par le train, un rai de métal dans le végétal. Nous arrivons enfin à destination, des lumières apparaissent, les habitations sont de type baraquement, il fait nuit noir. Sur le quai, absolument ignorée par une population pressée de rentrer chez elle, je cherche du regard Michel qui m'a proposé de m'aider au besoin sans savoir comment cela allait se passer pour lui. Je le retrouve avec la « fille de main » de G P; nous embarquons dans un camion pourri qui devrait devenir le véhicule de travail de Michel à l'avenir , chargé qu'il sera de faire des travaux de rénovation pour le boss et dieu qu'il en aura du boulotvu l'état des bâtisses croisées! Michel sera logé dans un baraquement occupé déjà par 3 ou 4 gars...alors qu'il devait loger seul. Nous nous rendons directement au dépanneur où G P contrôle les achats précipités du soir juste après l'arrivée du train, ça va fermer. Tous les employés sont blancs, les clients indiens et blancs. Ces derniers ont droit à une poignée de mains et une formule de politesse personnalisée. Les prix sont prohibitifs mais comme me dit J, notre conductrice dans le trajet vers...l'hôtel G P : « ce qui est rare est cher! » « j'ai arrêté mes études pour venir travailler ici 7j/7 et me faire un max de fric avant de partir voyager pour l'Australie, je ne le regrette pas » Arrivée à l'hôtel tenu par une gérante ,anglophone oblige vu la clientèle américaine essentiellement, je retrouve mes trois techniciens logés ici gracieusement par leur boîte. J s'est refermée comme uen huitre, son visage s'est à nouveau durci, ses sourcils barrant irrémédiablement des traits fins. Que "fabrique" J pour GP? J'imagine le pire, la fille est pas mal et plutôt effrontée et son attitude avec le boss n'est pas très saine. MICHEL a bien tenté de "m'inviter" mais j'ai très vite compris que GP préférait me taxer le prix d'une chambre soit 120$ pour quelque chose qui n'en vallait même pas 30!

Je n'ai guère le choix : iL fait nuit, les ours en effet se promènent en ville car toutes les poubelles sont éventrées et franchement cette atmosphère de western glauque me répugne. J'aurais aimé rentrer en contact avec de autochtones mais malgré ma demande de serviette hygiénique aussitôt satisfaite, impossible de débuter une conversation dans le train. C'est peut être moi et mon accent pointu, hautain? Bref il est inutile que j'insiste; je ne regrette pas pour autant d'être venue et de m'être confrontée avec une réalité qui ne peut pas être toujours rose...A l'hôtel, j'ai pu me doucher, j'empestais l'odeur des wc chimiques mêlé à la transpiration et consulter mes mails. Mais ce soir, je n'ai pas le coeur de répondre à des questions qui me paraissent hors de propos. Je suis il est vrai un peu choquée par ce que je viens de vivre : ces rencontres fortes et cette réalité pas très jolie. Demain, j'ai entendu Daniel négocier avec la gérante le fait qu'elle me reconduise à la gare après le petit déjeuner j'espère compris dans le prix! car les taxis de GP ne sont pas encore levés! (cela fait rester le touriste 4 nuits de plus) et la gare se trouve à une bonne demi-heure à pied de l'hôtel. J'aurais sinon sans aucun problème parcouru la distance même aux aurores!

Merci Daniel. Ses deux petits gars sont épuisés surtout par le fait de s'être sevré de bière et de cigarettes pendant une journée complète. Je rentre demain, je profiterai de mon matériel de camping pour en faire au Mingan, de plus Brigitte m'a donné une super adresse à Hâvre ST pierre et je pourrai certainement trouver un lift qui m'y amène gratuitement : la civilisation réelle a cela de bon : l'entraide! Et puis ayant affiché la photo des filles sur le bureau de mon eeepc, j'ai jugé que prendre un risque en insistant (téléphoner à un autre logeur au même prix, installer ma tente et tenter le...l'ours)n'en valait pas la chandelle. J'ai terminé de m'imposer des défis toujours plus hauts, ce n'est pas ou plus mon adrénaline...découvrir oui, faire des rencontres heureuses, désirées pour apprendre oui ; se battre, entrer en compétition contre soi finalement, j'ai mieux affaire : me rebaigner dans le Fleuve par exemple et découvrir la côte.

Je suis fatiguée, les émotions m'ont tenue en alerte toute la journée. Schefferville m'aura au moins appris ceci : le vrai défi est de conquérir le calme sur soi-même, contre une violence, contre la colère que l'on s'adresse...

Edgar Quinet, Poème sur Merlin l'enchanteur

« Que fais-tu pour apaiser une mer en fureur? Je contiens ma colère. »


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