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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

Envol

 

Dimanche 20 février 2011, 5h22

Impossible de dormir. Ecrire alors.

 

 

Poète québécois, fils d'un père irlandais et d'une mère (québécoise) canadienne-française, Emile Nelligan nait à Montréal le 24 déc. 1879. Dès ses premières années, Nelligan sombre dans une profonde mélancolie. Il ne peut s'astreindre à des études suivies. À partir de seize ans, il publie dans divers journaux des poèmes d'une inspiration étrange, morbide, mais géniale, à la fois parnassienne et symboliste. À dix-neuf il « sombre dans l'abîme du rêve ", il est hospitalisé dans une maison de santé. Son âme est tourmentée par une maladie mentale : la schizophrénie et plusieurs de ses poèmes seront le reflet de son déchirement intérieur. Il restera interné à sa demande pendant 42 longues années jusqu'à sa mort en 1941.

"Je suis coupable, je suis coupable de poésie"...

 

 

Je voudrais aujourd'hui dédier un de ses poèmes à F. qui hier s'est envolé par la fenêtre... Il était devenu lauréat d'un diplôme courageusement obtenu malgré la maladie et la fatigue extrême inhérente au traitement débuté qu'il savait à vie... Ce fait qui passera comme divers, me fait revenir sur la dernière phrase de mon précédent article : Est-ce que résister à l'attentat extrême de sa vie est l'ultime degré d'humanité? Aujourd'hui, F. nous fait la preuve du contraire et nous apprend à reconsidérer les mots, Les actes de chacun à la lumière non de la raison mais du cœur.

F. était cet ange, un petit corps d'humanité mis à vif dans la fournaise de notre société mais un homme déjà "éveillé" au sens existentiel.

 

Le Vaisseau d'or, écrit au début de sa maladie, raconterait, selon les critiques, la prise de conscience de Nelligan de sa chute dans les ténèbres de la schizophrénie. Je vous laisse, en ce jour particulier qui sera définitivement précieux pour chacun, ressentir et peut être réussir à comprendre au delà des mots, des gestes : notre élève, notre camarade, notre jeune, notre frère, notre fils : F.

Notre Éthique doit être celle de la Compréhension et si il est un Savoir que nous, enseignants devons transmettre, dupliquer dirait Kierkegaard, c'est bien celui de la Compréhension avant tout.Pour cela, il faudrait ne plus penser la vie en général, comme un "système" brillant ou défaillant, alors que tout ce qu'il m'est donné de connaître c'est ma vie d'existant particulier.

Mais n'étant jamais pleinement ou bien ceci ou bien cela, étant confondu en son milieu et en porte à faux par rapport à lui-même, l'homme est déchirure du premier au dernier jour de son existence. Synthèse douloureuse de deux principes opposés, le temporel et l'éternel, de ce qui passe et ce qui dure, lui-même volonté de durée d'absolu, désireux de perfection, -ce qui manifeste justement son imperfection, - l'homme "éveillé" souffre et connaît le désespoir. Le désespoir c'est toujours l'expérience de la limite : ce que je veux être, je ne le suis pas et ce que je suis, je ne le veux pas. Par contre si je ne choisis pas ce que je suis, je choisis ce que je deviens. Je choisis en agissant, bien "enseigné" je choisirai en esthète, en éthicien. la formation, celle qui transforme est alors essentielle car elle entraine l'élève dans sa totalité, au delà de la raison, lui faisant accéder aux sphères de la passion, celles à même qu'il se porte "volontaire" pour agir, pour être vraiment.

  

 

 images-copie-1.jpg 

Le vaisseau d'or

Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues
S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu'est devenu mon cœur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!

 

 

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