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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

J'Y suis!!!-SR

sept-îles. 22h30

R,

J'y suis enfin dans ce bout du monde mais déjà ce soir je pense aller plus loin en prenant un train vers Fermont où même Schefferville dans le Cania(non non je ne pense pas la trouver là!)piscau à condition d'être sûre du logement cette fois ci parce que là bas plus d'improvisation possible. Le voyage en bus a été fabuleux, sais-tu ce que peut vouloir dire: pleurer du regard...les chauffeurs, horaires tenus obliges, m'ont paru beaucoup moins sympathiques que d'habitude: à peine le temps d'aller aux toilettes et surtout de boire un café durant 10h de trajet. Cette fois, je ne voulais surtout pas que le bus reparte sans moi me laissant en pleine bérézina. La végétation se rabougrit, rapetisse c'est la taïga, les épineux prennent un joli vert canard; les lacs succédent aux lacs et les rivières coulent de partout de chaque côté et sous le bus. La route surplombe ou traverse sur des ponts en réfection d'immenses baies.Les travaux sont nombreux bloquant la circulation intensive de camions aussi énormes que le paysage. Le Fleuve s'élargit devient une mer lisse et mauve, ce sont les battures c'est à dire la marée basse du fleuve. Chaque îlot est recouvert d'oiseaux et on s'attend  à voir le souffle d'un cétacé à chaque soubresaut anormal de la surface de l'eau, la route des phares est aussi et surtout celle des baleines.
L'arrêt du bus sur le parking d'un improbable dépanneur est commandé par la présence d'une petite pancarte: intercar-passager avec le dessin d'une charmante et désuète petite valise en carton. Un passager venu de nulle part, puisqu'on ne verra aucune habitation alentours monte sans aucun bagage comme s' il prenait le métro! Au milieu d'une longue ligne droite après une centaine de km sans âme qui vive, le bus s'arrêtera brusquement pour faire descendre quelqu'un qui restera là interdit lorsque le bus repartira dans un nuage de poussières.J'ai aimé ce voyage , tout à fait ordinaire voir ennuyeux pour la majorité des passagers qui dormaient ou lisaient! et Merveilleux pour moi, le nez collé à la fenêtre, le regard révolutionné, la peau frémissante.

Car j'ai relu tes lettres aussi, tes visions, tes réflexions sur notre rencontre, ses pourquoi et comment. Tes mots insistants, pénêtrants et rassurants. J'étais alors plus sûre, plus forte, invulnérable pour ce qui allait advenir.
Je suis donc en sécurité dans cette auberge internationale avec un petit lit muni de draps propres et d'une lampe de chevet, très important ça!La cuisine est communautaire mais l'achat des vivres est personnel avec sa place numérotée dans le frigidaire et le garde-manger. L'accès à internet est gratuit sur des postes fournis ou sur ton propre portable avec une clé wep qui t'es remise à l'inscription.Voyageant seule, ce mode d'hébergement bon marché me convient et me suffit amplement car même vivant en communauté je peux lorsque je le souhaite être seule et pouvoir écrire, lire sans être dans l'obligation de communiquer alors que je ne désire qu'une seule chose: parler, écrire, lire avec toi le temps que je veux, quand je veux. A vélo, ce soir j'ai déjà repéré les lieux proches et des endroits ultra importants comme le bureau de poste, le cinéma, le dépanneur et la cantine d'habitués. Demain je vais un peu organiser mon séjour qui va passer très vite vu l'immensité et la beauté du site : un archipel de 7 îles, plusieurs dizaines de km de plage ( où je pense courir), une réserve faunique et ses sentiers pédestres à profusion, une piste cyclable allant de baie en baie, plusieurs chutes d'eau...et si je décide de poursuivre vers le nord un trajet de 600km par rail. Je vais me renseigner sur les tarifs mais le cours du dollars profite grandement à l'euro.
 Tu le constates : je suis toute excitée par cette destination tant désirée. Mais R, tu es dans toutes mes actions, mon élan, mon assurance. J'appréhendais pour ce soir et en même temps je me savais protégée là bas à l'autre bout du monde sur une île rousse par l'être qui compte le plus au monde pour moi décidément! assurément. Ce voyage, c'est comme un baptème : celui d'une renaissance pas celui d'une nouvelle vie. J'ai trouvé ce qu'inconsciemment, désespérément je cherchais sans oser y croire, sans même penser que cela puisse réellement arriver à des êtres de chair et de sang, à quelqu'un d'aussi insignifiant que moi. Jusqu'à  toi, ce moment, cette révélation, aimer à l'infini, sans retenue, en toute liberté, en toute démesure, verser des rivières de larmes à l'envers et à l'endroit de joie, cesser de retenir ses torrents d'émotions, ouvrir les vannes de ses désirs inassouvis, casser les barrages de fausse culpabilité, nager dans des lacs clairs de sérénité pas retrouvée mais  trouvée!Quand je te décris mon voyage, je parle de nous, de notre nouveau monde, de ses étendues, de ses horizons infinis et lumineux. Le FLEUVE c'est le lien qui nous attache, notre amour. Puissant, éternel, de plus en plus étendu. C'est notre devenir, bleu scintillant et serein. Tu verrais ce cours d'eau, tu serais fier. Lorsque la route s'éloignait de la côte et s'insinuait dans ces forêts interminables, tout de suite le manque me nouait la gorge, j'avais un besoin vital du fleuve, dorénavant indispensable pour regarder, respirer, rêver. Je voulais le sentir, l'avoir dans ma pupille en permanence, qu'il coule à mes côtés de tout son long, serein vers son destin en me donnant la main. ce Fleuve, c'est Toi. lUI seul rend possible cet éloignement. Quand je vais m'y baigner, je serai dans tes bras, enfin.
R mon amour

J'ai tellement besoin de toi. J'ai tellement envie de toi. J'ai tellement toi.

s

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