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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

la chèvre de Mr Bastien-suite et fin

ardèche juillet 2011 053Nénette est de ceux là, elle tiendra son café jusqu'à son dernier souffle. Nénette a 98 ans. Elle m'a permise ce dimanche matin, d'entrer chez elle, en elle aussi, recueillir ses souvenirs. Je sais ne plus poser de questions, je crains trop le mensonge. Il suffit de laisser se dire, se raconter, les anecdotes apparentes, les souffrances sans fard désormais. Le récit, l'acte du je qui se raconte, se narre c'est cela la juste parole, la vérité vive. Pourquoi travestir une vie de chair et de sang, vécue complétement ou presque? L'heure n'est plus à la falsification, ni même à l'interprétation : la parole se fait toute nue, offerte aux oreilles du passager qui, on le sait ne fera que passer...

Je me nourris de ces histoires, j'imagine la jeune fille blonde parcourant en vélo tous les hameaux du pays, rapportant les cueillettes de myrtilles ou de framboises à son père pourqu'il les revende à des grossistes plus bas dans la vallée.

Nénette se prénomme Marie Louise mais elle préfére qu'on l'appelle Nénette. Ce café elle l'a reçu de son père. Son frère ainé n'avait pas la bosse du commerce, il a fait carrière dans les chemins de fer me confie-t-elle d'un air entendu ; le cadet lui s'est lancé plus en avant dans les affaires, descendant dans la vallée pour développer la partie transport de l'entreprise familiale.

A B, après guerre, on comptait 36 cafés ; la culture du ver à soie était prospère, elle permettait aux familles paysannes de mettre du beurre dans les épinards, voir de vivre tout simplement. Aujourd'hui, on ne compte plus que trois cafés au village dont le "café de l'avenir" celui de Nénette...

Ouvrir la porte du commerce, allumer le gaz sous la cafetière, c'est pour Nénette vivre un jour de plus même sans savoir celui dont il s'agit. Peu importe, les souvenirs sont bien plus prégnants, dynamiques et font des gestes de tous les jours, un mécanisme bien rôdé rendant inutiles les prises de tête avec l'actualité. Son mari est mort rapidement, son fils unique à 42 ans. Restent à ses cotés sa belle-fille, son petit fils, son arrière petite fille et une flambante R4TL non fumeur précise-t-elle!

Nénette a suivi des études avec succés de comptabilité à Aubenas mais c'était avant la guerre. Elle est retournée au village où son père, affaibli la requérait. Depuis l'étage où il restait malade, il a entendu le hennissement déchirant de son cheval qui partait pour son dernier voyage.

Nénette a fini par épouser un gars du pays, un paysan, le seul qui pouvait la supporter me confie-t-elle malicieusement. Elle a passé son permis pour mieux faire prospérer l'affaire.

Le café de l'avenir a l'apparence aujourd'hui d'une salle à manger un peu négligée, guère aérée, où le linge à repasser s'entasse sur une table dans un coin, où les pressions ont cédé le pas à la vente au verre ou à la canette. Le café fait tôt le matin est réchauffé sur la gazinière, servi dans un service vert bouteille avec un liseré doré sur la tranche de la tasse. Je bois mon café double dans une tasse à déjeuner Choki ressortie pour l'occasion...

C'est émouvant comme un lieu peut ressembler à une personne, ne faire plus qu'un avec elle. Quand le café n'ouvrira plus sa porte un matin, c'est Nénette qui l'aura décidé...

 

L'Ardèche, me sied pas seulement pour sa nature rebelle au changement, et même aux révolutions...mais surtout pour ses autochtones, les vrais, pas ces néo-babas fumeux et alcoolisés par les packs de bière achetés au discounter d'Aubenas ou les parisiens en estive (pas les moins sympathiques pourtant) dans la maison familiale...Dès la puberté, les petits enfants trainent des pieds pour venir en Ardèche, me confie un grand-père que je rencontre à une table d'hôte. Il randonne alors avec les 2 plus petits, deux gaillards rouquins âgés de 9 et 11 ans, affichant une double nationalité franco-finlandaise par leur mère. L'ainé Hector me raconte qu'en Finlande, les cours sont multiples ce qu'il apprécie beaucoup comparé au système scolaire français. Les deux français sont accueillis tout le mois d'août sans aucunes difficultés dans leur classe de niveau. L'école est ouverte sur l'extérieur et dispose d'un terrain de sport accessible lors des récréations souligne Hector.

Cela me rappelle la venue de mes filles "en catimini" dans ma classe les jours que j'effectuais en plus durant les petits vacances. Leurs présences ne relevaient d'aucune autorisation hiérarchique, elles m'assistaient, aidaient à la cantine et surtout avaient l'immense avantage de découvrir leur maman "autrement". De la même façon, j'avais convié ma soeur, résidant et travaillant en Irlande depuis plus de vingt ans à donner quelques heures de civilisation irlandaise aux cycles 2 et 3 du reproupement pédagogique dont j'avais la coordination. Nous avions également chanté des comptines irlandaises sur le thème de Noël et appris avec grand entrain tout le vocabulaire de présentation à la maternelle. Les enfants ne voulaient plus la laisser repartir! Une p(o)édagogie opportune qui s'appuie sur des rencontres, des interventions et des partages c'est cela une école vivante et ouverte. Auguste le petit va très vite s'endormir sur la carbonade, il ne cessait de bailler depuis le début du repas. Après l'Ardèche du grand-père, ce sera la Haute Loire avec la grand-mère, dont un marché aux bestiaux qu'Hector me recommande avec empressement : finalement les divorces n'ont pas que du négatif quand ils font voyager et rêver les petits-enfants dans la France authentique.ardèche juillet 2011 059

L'Ardèche se meurt peut être mais se meurt bien, tranquillement, à l'abri sous le feuillage des chataîgniers et des noyers. Les maisons des hameaux se ruinent, venant combler par endroit les calades d'accès. Alors chaque lieu dit devient un cul de sac, une impasse.

N'ont de valeur que les choses...qui prennent fin. Je ne crois pas en la vie éternelle parce que c'est la pire chose qu'il puisse arriver à l'homme même si, il passe son temps et son énergie à augmenter...son espérance de vie. Quelle prétention et perte de temps surtout! Perte de temps pour vivre vraiment.

J'apprécie alors de plus en plus les vieilles personnes, leurs simagrées, leurs déplacements vacillants mais toujours décidés, leurs mauvaises humeurs si pertinentes, leur odeur aussi, leur méchanceté, la peau distendue sous leurs bras, leurs rides, leurs cheveux blancs, jaunes, poivre et sel et leurs yeux...pétillants et extraordinairement perçants dès qu'ils se mettent à raconter tout en vous observant avec avidité.

Le récit devient un ultime témoignage dont vous seriez le dépositaire...

 

p199 BLAST : "Il est un mystère dans la nature...quelque chose qu'on ne peut forcer, qui est révélé si on sait attendre, immobile et qui ne peut se partager. Ici les plus belles choses comme les pires n'existent que si l'on y prête attention."

 

Admise nulle part, parce que solitaire, la nature alors me prend à bras le corps, prend plaisir à emmêler mes cheveux, à me recouvrir d'hématomes, à me griffer, me piquer, me faire chuter sur un clapas, une racine, me déséquilibrer à chaque pas mais la nature aussi et surement me porte, me transporte, me caresse et me berce.

Marcher, philosopher, retrouver un espèce de sens, un fil à tout...ça. On peut vivre certes en poésie mais pas de poésie fabriquée ou convoquée. Je m'oppose alors à Guillevic et à sa poésie militante et politicienne. La poésie n'est pas faite pour asseoir une quelconque vérité, elle est et va bien au-delà.

Je marche et je pense : les hommes ne sont pas crédibles :

 

  • -Ils parlent nourriture bio et fument en cachette, le repas terminé

-ils parlent politique de la ville et éducation prioritaire et roulent en mercedes ou chérokee
-ils parlent fraternité, égalité et capitalisent pour leur retraite
-ils parlent grand amour et s'inscrivent sur un site de rencontres par affinités
-ils parlent écologie et roulent en moto ou camping car
-ils parlent sciences et se soignent par homéopathie
-ils parlent poésie et interrogent "ça veut dire quoi?"
-ils parlent vacances (de vacant, libre, vide)et se retrouvent entassés sur une plage

J'avoue de moins en moins comprendre les miens, mes semblables. Je me sens m'éloigner infailliblement de tout ce qui fait un "citoyen", un homme de la cité. Je supporte de moins en moins les masses, l'homme "fait masse", massifié par la société, la civilisation, les études abrutissantes des sociologues et leur déterminisme à tout crin. Je ne pense pas qu'il soit possible de faire masse pour obtenir, révolutionner. C'est un leurre utilisé surtout pour servir des appétits fascistes et extrémistes, une façon surtout de se rassurer sur ce que l'on fait : en se disant que si on est pas tout seul...

Oui la solitude alors, est un mal nécessaire pour tenter de comprendre où nous sommes?. Il y a les chercheurs de vérité, de pouvoir et de sens. Se retrouver seul, ouvre paradoxalement à l'amour véritable du prochain, le seul sens qui en ait! Celui qui pense qu'on peut s'aimer les uns les autres est un manipulateur ou un pervers!

Je me dis qu'il me faut malgré tout en croire "un" malgré tous ses vices pour rester parmi les hommes et réciproquement. Un homme avec ses faiblesses et ses mensonges. L'amour ne se diffuse pas , ne se divulgue pas. Je serai alors inévitablement manipulée, abusée?

ardèche juillet 2011 012

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