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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

Les yeux ouverts

 

 

jeu vidéo, luxMornans, Le dimanche 6 février 2011mornans-015.jpg

 

Devant l'ancien temple du hameau, je rédige mon premier article.

Hier à 15h45 alors que la ville s'égosillait sous un soleil quasi printanier, je suis rentrée dans la salle obscure pour voir, littéralement le coeur ouvert, un film vrai qu'on ne peut qualifier de documentaire (quel "vilain" mot) : Les yeux ouverts de Philippe Chaudier.

Une entrée dans un service de soins palliatifs, une entrée pour en ressortir différent, heureux même si pendant une heure, on va flirter avec la mort.

Sur le chemin aujourd'hui, un peu plus tôt j'ai croisé une souche sur laquelle était inscrit à la peinture blanche : chêne disparu le 14.09.2009. Cet arbre devait manquer à ses marcheurs qui avaient dû apprécier l'ombrage procuré sur ce sentier montant plein sud vers le Serre Antoine. Et puis j'ai marché précautionneusement à travers les rides de la nature, un paysage d'érosion intense qui me faisait penser que cette tourelle au loin, un jour n'existerait plus. Elle ne serait plus visible que dans les souvenirs, les images comme celle-ci.

Pourtant ce dimanche, adossée au sentier, insolente, cette souche restait comme une évidence d'un passé éternellement présent. Une histoire bien contraire à celle vécue par l'auteur du film qui revenait dans ce service si spécial pour tenter de retrouver ce passé, ce père disparu...sans laisser de traces, presque incognito. Durant tout le film, je suis fascinée, séduite par le regard d'un "patient" (en effet!), un certain M Vilain, lucide et transparent, voyageur impénitent, dur et fragile comme le cristal jusqu'à...la fin. Mais la fin de quoi? D'un voyage? Plutôt le départ d'un ultime, le plus humain qui soit.

Ce monde au bout du monde m'attire inexorablement parce-que je sais que l'on tire davantage d'humanité de la mort que de la vie. C'est notre mortalité qui nous fait humain. Le message laissé à son prochain ne devrait-il pas lui aussi être aussi éphémère qu' éternel dans sa passation? : celle d'un homme à l'autre. Plus que la trace alors, le fait marquant, déterminant dans la vie de celui témoin et acteur de la passation. Le véritable témoignage pourra alors être bien autre chose qu'un écrit, un bien matériel, un héritage mais bien plus un sourire, un gribouillis, une main qui en serre une autre au moment ultime et par dessus tout un regard.

C'est le début des vacances d'été. A l'unité de soins palliatifs, Nino vient de "laisser partir" sa maman. Il est Italien. C'est pas rien. Le contexte aidant, tout laisserait penser qu'elle est partie en vacances, en croisière avec des amies et qu'elle reviendra lorsqu'elle aura trouvé les petits souvenirs adéquats à rapporter comme d'habitude à ses enfants et petits enfants. Il n'en est rien.

Nino et plein d'autres vont attendre sur le quai, faire les 100 pas, inquiets, guetter la moindre tête blanche descendre les marches du wagon, celui du Metz-Vintimille? Nino, bien entouré, aussi bien accompagné que sa maman, n'attendra pas longtemps, juste le temps d'un deuil douloureux certes mais "ordinaire". D'autres Germaincontinuent à attendre d'où leurs angoisses. Ils pensent que la vacancière n'est pas morte, qu'elle continue son voyage, tellement occupée qu'elle en oublie ce fils, qui jusque là ne l'avait jamais quittée, abandonnée même à ses dialogues en boucle lorsqu'elle se mettait à parler toute seule. Elle aussi, avait à se défendre de l'abandon des siens aux griffes de quelques-uns d'entre eux...

Mais en ce mois de Juillet, la maman de Nino est vraiment partie pour le plus beau voyage qui soit, celui accompli la main dans celle de son fils. Nino, désormais peut en serrer d'autre, celle d'une autre femme par exemple qui ne sera jamais sa mère. Il était fort mains tenant, beaucoup plus fort que lors du vivant de sa maman et ça il n'en revenait pas : de sable il était devenu cristal lui aussi. .

"J'ai rêvé d'un désert où j'étais seul mais comme j'étais seul, je ne pouvais me voir. Je n'existais plus le sable entrait en moi" Jean Tardieu

Merci à Ph. Chaudier pour faire un film aussi vivant sur un sujet d'aussi mauvaise augure, un film à réveiller les morts! Enfin une dernière pensée pour M Vilain dont, je crois l'espace d'une heure , être tombée amoureuse. Le saura-t-il un jour?

 

 

 

 

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