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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

mondeS-SR-

LA réalité me rattrape


LA réalité me rattrappe parfois; sa main est froide loin de la douce chaleur de la tienne. Cette réalité est celle des mots calculés, acides et stériles. Cette réalité, je la combats depuis des années, elle ne doit pas s'agripper à mes reins ni retenir mes larmes ou mes sourires maintenant.
 
Je plie alors mes petits animaux à des exercices quotidiens pour qu'ils n'oublient rien ; un seul jour sans injonction à travailler et ils perdent tout le bénéfice accumulé. L'exercice répété semble au contraire les caresser, les rendre plus coopératifs aux objectifs : ils s'adoucissent alors, deviennent moins récalcitrants et plus obéissants plus souples. Dimanche a calmé le plus rebelle d'entre eux. Il marche droit maintenant, me surveillant toujours du coin de l'oeil, guettant ma moindre faille, le premier abandon ; je le sens tapis là au coeur du système nullement endormi juste dominé un temps après un exercice difficile et de longue haleine ce dont il était capable. Ces petis animaux...

L'autre soir, bonnet revissé sur la tête à cause du froid lunaire une image me venait : celle d'un beau chien, le dos solide, la tête dure, le poil ras, une ombre galopante et ondoyante . Robertha respirait, se calait sur mon pas, ma course, silencieuse quoique haletante. Si je m'arrêtais elle prenait immédiatement possession de l'espace en s'allongeant de tout son long quelque soit l'endroit, comme si le lieu où je faisais halte ne serait ce qu'un instant était le lieu le plus merveilleux le plus propice où vivre. Jamais elle ne se plaignait, juste devenait moins rapide mais toujours en route, sans bagage juste un collier : elle apparaissait alors avec son allure oscillante au détour du chemin n'ayant qu'une idée redevenir mon ombre.
Nous avons beaucoup voyagé toutes les deux, nous protégeant mutuellement. Dans les rues sombres, c'était elle ; en pleine lumière, je garantissais son incroyable savoir "se faire oublier" malgré sa stature et sa mâchoire impressionnante. Combien de fois ai-je arrêté net la voiture pour vérifier si elle était bien remonté une fois le coffre ouvert et refermé machinalement. J'avais beau hurlé son nom tout en conduisant, elle jugeait inutile de répondre. Sans nouvelles, je m'arrêtais en catastrophe, faisait le tour de la voiture pour ouvrir le coffre et la trouvais là se relevant enfin de mauvaise grâce mais avec comme l'oeil amusé de la frayeur provoquée.
 
Je veux des mondes séparés, des réserves...des lieux lumineux et d'autres plus obscures. Voyager sans cesse entre ces mondes, aller où bon me semble quand il me plait mais jamais au grand jamais les confondre. Les habitants les dissimuler dans mes veines et mon coeur, les chasser impunément, les répudier aussi. Je suis maître de ces multiples, les ayant fait naître. Notre monde R. est pur, gardons le ainsi sans jamais poutant le "conserver", préservons le des tourmentes des noirs nuages de ressentiments acharnés. Notre monde est pur de nos rêves et désirs insatiables : d'instants qui ne finissent pas, qui n'ont voir qu'avec la légereté des anges et qui n'ont de comptes à rendre à quiconque. Notre terre est profonde, meuble et rouge sang. Elle aussi fertile qu'un adret de volcan, elle y puise sa chaleur , son incandescence. Celui qui viendrait à en fouler le sol s'y brûlerait la plante des pieds avant même d'en gravir la pente. Des êtres en chair et ailes nous avertissent, entendons les. Mes mondes ailleurs pareillement je les protège de toutes compromissions, il en va de leur subsistance et espérance d'un avenir commun. J'ai déjà laissé s'épuiser jusqu'à la dessication une terre prometteuse mais ravageuse. Il est des lieux qu'on ne peut décrire tant ils se vivent intensément passionnément...Ceux là sont fragiles et on s'étonne toujours qu'en dépit des pandémies ils puissent encore "renaître" au milieu des cendres avec juste une braise. Il est des mondes auxquels je ne crois plus et qui pourtant la nuit en pleine jouissance m'innondent telle une vague soudaine. Alors mon navire est emporté seulement guidé par un phare salvateur dans l'attente. Loin dans la nuit, éclairée seulement par la douce lumière de la lune sur la surface liquide d'une mer enfin assoupie, j'écris au gardien mes craintes et tout le dedans d'une âme solitaire parce qu'écartelée entre ces mondes qu'elle aime profondément mais séparément.

  
 Je pars seulement dresser mes petits animaux.
Je te veux intense, immensément présent et puis plus rien que le souffle du vent sur nos terres ennuitées;
Demain le soleil viendra cueillir une nouvelle subtance sourdre de leurs entrailles;
Berce moi sans réfléchir, un geste naturel irraisonné comme incantatoire.
Assurément
s à r

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