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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

pas folle la bête-SR

montréal. 1h01

R,

Mieux que monter dans un phare, il y a monter dans une horloge et quand cette horloge fait aussi office de phare au bord du Fleuve et bien c'est un grand bonheur auquel il ne manque que toi...
Ce matin en contournant pour la seconde fois la tour blanche de style Beaux -Arts, je me suis heurtée à la porte ouverte. Haute de 45m chacune des marches est numérotée ; elle doit en comporter environ 200 mais l'impatience de parvenir au sommet était telle que je  les ai monté 4 à 4. Un moment je me suis crue Charly Chaplin passant derrière le quadruple cadran transparent mais encore plus haut déjà le vent me glaçait alors que je m'abimais dans la "contemplation" du Prince filant vers l'Ouest, vers toi : de longs rubans argent et bleus ondoyants, se séparant puis se retrouvant frétillants en bout d'îles et poursuivant leur course vers l'océan comme pressés d'y arriver. Un prince sur de lui, un colosse aux bras liquides. De chaque côté de la tour une vue différente :
Au nord la ville hérissée de tours de verre avec piqués deci de là des toits verdâtres de zinc oxidé des nombreuses églises plus d'une centaine hier, désertées et détruites aujourd'hui, en arrière plan le MONT Royal et au premier le vieil entrepôt frigorifique des années trente;
A l'Est le port, les deux silos à grains, les quais avec amarrés goguenards l'Halifax et le Saunier Québec et au fond les écluses.
Au sud les petites îles déjà parcourues à pied, à vélo malheureusement aux mains de promoteurs immobiliers sinon immense terrain de jeux pour les Montréalais de fin de semaine.

Il est 14h quand à la terrasse du jardin botanique, j'ouvre enfin ta lettre.Tes mots sont un miel que j'étends gourmande sur mes lèvres. Je veux voir les papillons, je le veux intensément, revoir ceux là même qui accompagnaient notre marche sur la montagne bleue, ravissants et légers compagnons d'un itinéraire miraculeux vers les sommets et leur trésor annoncé d'étoiles et d'azur, dans les forêts dissimulant les jas et un plus particulièrement. Celui où quittant tes chaussures, tu avais aussi fait tomber le mur de tes aspirations belles et idéales sur l'éducation, révélant une véritable vocation quasi naturelle.Tu t'étais emporté, tu avais presque trépigné, vociféré. Splendide ferveur au coeur de cette forêt silencieuse. Alors subitement, tu t'es retrouvé comme nu devant moi et ta pudeur a repris l'avantage, tu as opiné de la tête me regardant intensément ; le pacte était scellé.
Nous étions désormais le livre ouvert de l'autre, celui où tout peut s'écrire, se confier, s'abandonner.

" Ils construisent sans plan déterminé des nids d'une remarquable complexité. Ils s'organisent à travers l'architecture qu'ils construisent en réagissant aux formes géométriques qui s'élaborent peu à peu. Ainsi ils ne dirigent pas leur travail mais sont guidés par lui.."
"Ces nids sont les fruits de nombreuses interactions : entre les individus eux même et entre les individus et leur environnement."

Beau programme éducatif? Ne trouves -tu pas? Si au lieu de nids il s'agissait d'existence ou de vie à deux minimum! 
Ces notes proviennent de mon passage à l'insectivarium jouxtant le jardin cet après-midi.

"Enfin les deux secrets de ces extraordinaires exemples de société sont  : coopérer et communiquer c'est à dire travail partagé (qui ne veut pas dire ensemble) et une communication ultra sophistiquée comprenant échange de phéronomes. toucher d'antennes, messages sonores, danses et léchage. Là aussi un beau programme scolaire mais ça nous deux on est déjà passé maître. 
Enfin l'intelligence collective de ce petit monde grouillant relève d'une auto-organisation c'est à dire que les actions de chaque individu mènent au comportement coordonné de la colonie ( ou de la classe). Chacun fait ce qu'il a à faire sans contrôle central ni externe. Voilà bien mon idéal éducatif, Comme tu vois les vacances peuvent et sont utiles à l'avancement de Ma réflexion sur le sujet mais je suppose que maints auteurs illustres ont dû déjà faire le rapprochement.

Je suis rentrée tard des francofolies après l'audition d'un jeune Belge prometteur du nom de Saule et d'un québécois Anis qui chantait :

"Moi j'en veux encore, encore...de toi"

Au jardin botanique j'ai apprécié la cour des sens spécialement destinée aux malvoyants et aux biensensibles comme moi : toucher rugueux, piquant, doux, poisseux et collant comme la feuille d'eucalyptus et senteur épicée, citronnée, camphrée, mentholée et fruitée comme... ton eau de toilette. Rencontre avec la cardamome autrement qu'en poudre.

"T'en trouveras pas de meilleur que moi, tu ne trouveras pas d'aussi bon gars"
Décidément ce petit gars savait écrire des vers avec des mots tout simples mais percutants!
Le jour tombait à peine alors que tu dormais. Le ciel merveilleux de Montréal résonnait des petits concerts donnés au pied des grandes tours des généreux donateurs du Festival. Mais que fais-tu R là? pardonne moi la question, mais c'était plus fort que moi quand ne trouvant plus de rimes à mes activités ; respirer autre chose que ta senteur à toi, regarder ailleurs que dans tes yeux au plus profond, observer des moeurs autres que les tiennes délicieusement usuelles, marcher sans entendre dire "Bon on se calme là , on respire, on s'arrête, on vit...Tu vois?" et le plus cruel afficher un sourire sans la présence de son créateur, son couturier, son jardinier.
R, dors tu as raison, demain ce sera moi qui dormirai encore inconsciente de ce que tu vas endurer comme moi juste avant où juste après.
Endurer je m'y connais en temps normal mais voilà, le temps depuis quelque temps n'est plus normal n'est plus même du temps à proprement parler. Il ne compte plus, battu par la distance elle même mise à distance par nos moyens de communication ultra-sophistiqués... Tu sais. Hein tu sais. Oui tu sais.
Mais je le redis quand bien même : je t'aime R.

Et pourquoi je me priverais de ce plaisir, si moindre.

S définitivement éprise de MON RAi AL 

Sur youtube tu devrais pouvoir écouter la "toun" de Charlebois : je reviendrai (à )Mon rai  al  

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