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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

ponts vers l'imaginaire

 

Le pont des fées. Jeudi 2 juin 2011 pont-de-l-acension-004.jpg

 

Il est 9h lorsque la classe se met en marche pour le pont des fées et sa légende, le Saint Mont et son gisant... L'occasion était trop belle de profiter de cet autre pont pour une promenade "ascensionnelle" dédiée à l'imaginaire, au rêve et aux "sciences naturelles".

Mon ami Mika est aux commandes de cette classe d'une trentaine d'élèves dont il remplace la maîtresse depuis l'automne.

Sa pratique "impliquée" remplie de fantaisie, d'étonnement, de joie rejoint les préceptes du bon Ferdinand Buisson. Cette matinée sera une réussite à plein d'égards.

Les enfants ET adultes auront ainsi le plaisir et la surprise de voir le chevreuil gambadant plus loin sur le chemin, les lambeaux de chair à l'extrémité des plumes d'un geai tombé au sol, les couleuvres captives d'un jour escaladant la roche humide, la libellule déprimée femelle voleter mollement autour d'une mare repérée par les enfants à cause de ses joncs caractéristiques , de sentir l'acide formique dégagé par une fourmillière juste caressée par la main du maître, de toucher la fraîcheur de la grenouille débusquée par un élève dans un fossé et attrapée par Mika, d'écouter les conseils relatifs à l'ingestion des baies de la forêt (les fraises des bois, les myrtilles prêtes à être dégustées échoient au sol sans transition...) et aux risques de contamination mortelle. La différence et le respect sont ainsi abordés tout "naturellement", les animaux attrapés sont relâchés, la nature est observée et admirée (le déplacement des couleuvres, le grouillement organisé de la fourmilière...) dans son milieu, sans aucun besoin de simulation. Bien sur le lâcher des couleuvres était préparé mais il semble avoir entraîné les autres moments tous aussi forts. Ainsi progressivement, échauffés par une marche montante mais régulière, les enfants sont entrés dans une écoute ultra-sensible à tout ce qui les environnait. les découvertes se sont donc enchaînées presque au delà de toute attente de la part du maître et des accompagnateurs!

 

Lorsque les enfants furent tous rassemblés le long du pont de pierres sèches, ils eurent le plaisir d'écouter une légende in situ! les croyances qu'elles soient religieuses ou paiennes, la vérité qu'elle soit scientifique ou spirituelle, les idées acquises ou toutes faites sont ainsi interrogées., remises en cause, l'esprit critique est développé dans une culture commune à tous, la culture du milieu est mise e nvaleur donnant ainsi davantage de sens aux apprentissages. Mais le plus fort c'est ce travail sur le rêve et l'imaginaire dont Mika est le champion anonyme voir inconscient.

Les enfants imaginent ainsi une fée qui, lors de la construction du pont devant servir à faire se rejoindre deux amoureux injustement séparés, aurait perdu sa bague. Certains tout naturellement mués par ces "images dynamiques" chères à Bachelard partent à la recherche du bijou sans plus attendre les conseils avisés du maître sur l'éventuelle localisation...

Une fille, plus toute jeune trouvera l'objet magique orné d'une étoile. mika en effet, trop plongé dans la sienne (d'étoile) aurait oublié de mettre dans le secret son assistante maternelle...

Une clameur s'extrait du groupe encore agrippé aux sous-bassements du pont, fouillant chaque recoin : C'est la vraie? Pourquoi est-elle agraffée sur un carton? Dans les têtes, les questions fusent sans forcément chercher de réponse...Le rêve et son émotion font du bien et ce plaisir là, on voudrait qu'il ne s'arrête pas, par une explication rationnelle d'autre diront raisonnable;

C'est ainsi qu'on voudrait tant continuer de croire au père Noël et que les enfants dissimulent le fait qu'ils savent depuis longtemps les manigances familiales pour "créer" du rêve.

 

Plus prosaïquement, la sortie développe l'autonomie et l'initiative des enfants par la critique émise, le questionnement relatif à la légende, puis un peu plus tard au toucher du gisant dans la chapelle mais également par l'effort physique pont-de-l-acension-009.jpgdemandé pour la randonnée elle-même.

Cela rejoint mes thèmes favoris sur l'effort et l'endurance que l'on se doit d'enseigner dès le plus jeune âge. Ils se sont déplacés sur un terrain nouveau et varié, parfois malaisé. Ils ont porté leur sac de victuailles, déposé leur vêtement trop chaud, pris leur boisson régulièrement. Ils ont eu la liberté de choisir l'emplacement où s'assoir (quoique), celui où poser son pied dans les éboulis du pont, ils ont le choixx de venir voir, toucher ou sentir sans y être obligé. La motivation a joué alors, la curiosité aussi. Mais comment développer la curiosité et donc la créativité sans des mises e n situation où le libre choix dans le déplacé et l'observation est privilégié...

Interrogez-vous, enseignants comme parents d'ailleurs sur le "simple" toucher de grenouille...

 

Enfin je finirai sur l'inclusion et le handicap :

Olga est une élève handicapée. Tout le long du chemin, son auxiliaire devra lui prendre la main. La lâcher aurait signifié son arrêt. Parvenue au pont des fées, la jeune fille s'allonge et s'endort. Parce que je l'interroge, elle me raconte les "rencontres" tout au long du chemin, elle a voulu sentir et toucher comme les autres. Sa maman la rejoint au moment du pic-nic pour lui éviter une trop grande fatigue, elle redescendra en voiture. Son alimentation est très surveillée et privilégie certains aliments. Olga a prolongé sa maternelle de deux ans, elle a donc 7 ans, dépasse d'une bonne tête tous ses camarades avec lesquels elle n'aura durant toute la sortie presqu'aucun rapport ou dialogue. L'année prochaine "enfin" elle ira au cours préparatoire, ses parents refusant toute autre orientation. Je comprends la détresse des parents, leur déni de cette fatalité. Seulement dans le cas présent, j'ai l'impression que la fatalité s'est agravée. Olga aurait dû redoubler au maximum une année. Sans absence particulière, son apprentissage nécessite d'autres voies et stimuli, des rapports autres, plus différenciés ainsi qu'une pédagogie adaptée. Olga m'apparait comme une plante toute blanche qui aurait grandi sans lumière, dans le refus, la caverne. Son corps est lourd et donc malhabile à mouvoir avec équilibre et dynamisme.

Rien n'est perdu mais un "muscle" trop longtemps immobilisé devient encore plus fragile. Il est temps que tous, parents, enseignants et spécialistes prennent leur responsabilité, des décisions (sur lesquelles on pourra toujours revenir) arrêter d'attendre et de croire au retour en arrière, avant l'accident, avant la naissance... Le temps ne passe pas c'est nous qui passons notre temps à agir ou ne rien faire...Nous sommes responsables autant de notre malheur que de notre bonheur.
Le malheur marche au bras du bonheur et le bonheur dort au pied du lit du malheur.

Marcher, marcher est la seule "avancée" véritable. Lorsque notre vie est ordinaire, on peut en effet sans conséquences, s'assoir et ne rien décider...mais dans le domaine du handicap, la marche, le mouvement coûte que coûte est La seule voie pour retrouver une voix. Pas de pitié, ni commisération mais une réelle prise en compte du "comme on est" c'est ce que crie la personne qu'elle soit handicapée ou non...Lui prendre la main pour la lâcher même si. Une autre main se tendra, différente dans une autre direction, un autre chemin.

"Caminando, hace su camino" Antonio machado

 

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