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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

SANS réserve-SR

R,

L'angoisse sourde du départ est en train de me nouer la gorge et un par un les petits animaux. Drôle d'impression d'envie triste dénuée d'impulsion. Une décision du malgré moi, sans joie simplement curieuse. R. Dire ton nom, l'écrire m'aide à tenir. Je le murmure alors en permanence pour me rassurer, sa tonalité est rassurante.
Ce matin à la piscine, en sortant de l'eau, les pieds reprenant appui sur le sol carrelé, j'ai cru voler Mon être entier n'existe que par ta pensée. Glissant dans l'eau, mon corps m'avait abandonnée dans tes bras, tes yeux et ton sourire. La force de mon désir m'avait propulsée dans l'eau et hors de l'eau encore plus surement.
Puis inéxorablement au cours de la journée, la douleur m'a envahie, si forte que j'étais comme anesthésiée, insensible. Ton absence est insoutenable.
Je veux te dire que je me suis rendue à Cantara. Au cimetière. J. a trouvé la tombe du prêtre la première. La chaleur était à son comble. J'ai demandé à Jean de te protèger durant mon voyage. Je sais que tu es sa réincarnation, sa divination vivante.
Tu es cette rencontre phare annoncée et promise, celle de toute ma vie. Il n'y a pas de hasard. Que tu résides à Cantara. Jean est décédé en 2002, il avait 77 ans. Je t'ai donné la main, je veux te donner beaucoup plus.
Durant ce voyage, j'ai fait la connaissance d'un être magique. Ses gestes, jusqu'au plus mécanique, je m'en suis nourrie. Effectivement, je te "savais" à peine. Déjà je suis partie conquise, je suis revenue envoutée et je dirais comme domestiquée après avoir été apprivoisée.
En passant nous avons parlé avec J. des méchants nombres qui ne l'aimaient pas et qu'il fallait donc apprivoiser comme le renard du Petit Prince.
 Il y a très longtemps, j'ai eu Une vision, celle d'un homme qui devait compter au delà de tout. Il s'agit d'une scène du quotidien : l'homme semble s'affairer dans une cuisine tout en me parlant, il se tient debout derrière un comptoir; à sa droite une baie vitrée avec un voile blanc qui vole au vent. L'homme est bien habillé, souriant et disponible. La scène semble se tenir un midi. Je me situe assise dans la pièce attenante.Je l'écoute  me parler. L'instant est serein. L'homme est petit et brun.
Tu dois sourire! Cela devrait t'oter pourtant la peur du grand blond.
Peu m'importe que tu me croies ou non.

J'ai reçu aujourd'hui la lettre d'admission au master. Il est écrit :

 Cette autorisation est prononcée SANS réserve.

la lettre est signée par le  directeur de l'Ufr connaissance de l'Homme : P.A .D
je crois me souvenir que tu me l'avais mentionné.

Je t'écris cela pour te dire R que je t'aime aussi SANS réserve et que je suis prête à le signer car
grâce à toi je fais en effet pour la première fois : la connaissance de l'Homme dans toute sa bonté, sa force et sa fragilité.

Je ne prends pas de décision à l'emporte pièce comme tu me l'avais suggérée, non je "m'engage". Une autre façon de voir les choses.
Pour cela, j'ai besoin d'un relatif isolement, entrer en moi même pour trouver la force de tenir cet engagement qui doit si je le choisis me grandir et si je fais erreur me tuer.
Partir au Québec alors que je ne désire que d'Etre avec toi peut sembler incompréhensible. Je crois pourtant y apporter une explication:
éprouver à l'extrême un sentiment jusqu'à en faire une loi générale, qui s'applique à tous les niveaux de mon existence et de mon être, une loi universelle.

Rilke réalise une union jamais encore vécue dans les lettres à LOU justement en transcendant l'absence de son aimée : tout se passe écrit-il comme si les îlots de l'espace-temps étaient enfin réunis rendant sa silhouette indiciblement nette, dépassant de beaucoup la netteté de la vie, faisant de cette présence une réalité résistant à la désaccoutumance;
Et que penser "des sourires d'adorables souvenirs". Le retour au quotidien ne peut nuire à ces heures insulaires, elles restent détachées de toutes les autres, comme vécues à un niveau plus élevé de l'être.
Comme j'aimerais avoir l'aisance de Rilke à se jouer des contraires et à mêler réalité et désir.

Comme j'aime tes mots R et toi plus encore.
Je t'aime à l'infini, un temps qu'on devrait ajouter au programme de la conjugaison
Tu me manques et là le présent oublie le passé
Je te reviendrai. Car je suis à toi ne l'oublie pas.

Rdrine

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