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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

Un thé sur une Ile-SR

Le 21 juillet  2009

En Irlande, au large de Gallway, il y a une île : l'île d'ARAN. On s'y rend en petit bateau à moteur tôt le matin après avoir trouvé l'embarcadère dissimulé derrière les buissons de bruyère noyés à l'aube dans les vapeurs de la tourbe.
Nous quittions notre hôtel cossu principalement fréquenté par une riche clientèle américaine, revenant en famille sur la terre de leurs ancêtres.La piscine le soir était désertée par les enfants de bonne famille couchés de bonne heure tandis que les parents prenaient un dernier verre de whisky ou un irish coffee au bar du pub encore enfumé à cette époque là..Tranquillement j'effectuais mes longueurs m'amusant  des remous créés par le robot nettoyeur. Plus tard dans la soirée une baby-sitter asiatique était venue garder les enfants afin que nous puissions Pat et moi sortir en ville boire ce fameux liquide caramel et sa crème argent dans les meilleurs pubs de la cité. Auparavant un traditionnel fish and chips servi dans du papier krafft avait suffi à nous rassasier. Ce séjour en hôtel de luxe provenait d'une très grosse affaire réalisée par ma soeur deux mois plus tôt qui entendait marquer le coup et surtout en "remontrer" à mon mari qu'elle détestait par-dessous tout. 
Ce weekend au Connemara était le premier que je passais sans mon mari toujours très occupé à cette période de l'année par des salons professionnels en Allemagne. Peu à peu nos existences se différenciaient, l'indifférence faisait son chemin et pour la première fois j'avais cessé de tout organiser pour qu'au dernier moment il invoque une indisponibilté, maintenant je décidais moi de mes vacances, de leur durée...En fait notre couple se perdait, ses passions aussi. Je prenais de plus en plus plaisir à partir seule ou avec les filles sur cette ile qui savait me rassurer et encore me séduire par son mystère. Là-bas j'étais comme chez moi mais sans lui, j'étais libre. Jamais pourtant il ne m'avait empéchée de faire quoi que ce soit, disons que je m'auto-censurais tandis que je penser l'aimer encore... 
Sur l'île nous avions loué avec ma soeur deux bicyclettes, chacune avec un porte-enfant. Je me souviens que le ciel était limpide mais l'air vif et que l'on comprenait vite le pourquoi de ces petites parcelles délimitées en pierres levées : oter les pierres d''un champ peu propice à la culture et protéger du vent incessant. Au sommet de l'île, était édifiée une petite école dotée d'une cour clôturée elle aussi de pierres amassées minutieusement. A l'arrière de l'école une remise à tourbe pour le chauffage. Al'instant même où je regardais cette école en m'imaginant le sort de l'instituteur là isolé pédagogiquement tel Robinson, un gamin hirsute est sorti une bouilloire sifflante à la main. Il a traîné en chemin visiblement peu enclin à retrourner en classe.
J'aimais à observer ces deux mondes seulement séparés par vingt minutes de mer. L'île résistait par l'absence de voiture à l'invasion de touristes et à l'implantation d'hôtels de luxe mais pour combien de temps? Déjà Gallway d'une simple bourgade, port de pêche avait pris en quelques années une dimension de ville avec universités et zones industrielles, centre ville piéton etc.
L'irlande se développait à une vitesse folle tout comme la spéculation immobilière, bientôt l'herbe de la verte Eirin allait disparaitre sous le béton, la tourbe à nouveau replongerait dans l'oubli des couches sédimentaires, les multinationales us et européennes accourant s'installer alléchées par les avantages fiscaux et la main d'oeuvre bon marché.
Dix ans ont encore passés, l'ile est rentrée en récession mais les employés de la société de ma soeur parle de leur villa et propriétés sur la côte d'azur...Juste retournement des choses quand un siècle plus tôt les irlandais faillirent disparaître sous le joug anglais et la famine.
Quand il fut l'heure de reprendre le petit bateau, nous le vîmes s'éloigner au bout du quai dans un nuage d'eau et de fumée, le vent s'était levé. Nous l'avions manqué de peu. Il nous fallut attendre alors le prochain au pub enfumé du village de pêche après avoir écumé les boutiques de lainage irlandais. Ces pulls blancs, épais et torsadés sont une véritable protection, chaque motif dans le tricot est le symbole d'une famille de l'île  ; comme le type de carreau du tarpan écossais est le "drapeau" d'un clan.Ces pulls sont très lourds et la laine a gardé encore cette odeur de graisse animale. iLS ne sont pas tout à fait blancs d'ailleurs mais plus crème, celle d'autrefois c'est à dire blanc cassé. On ne trouve plus aujourd'hui ces lainages ; ils ne sont plus en vogue.Vingt ans plus tôt, j'avais ramené de mon tout premier voyage seule chez ma soeur alors au pair, un chapeau en tweed format bob et je me souviens l'avoir porté fièrement tout l'hiver de ma seconde au lycée.Bref nous avons attendu au pub devant des guinness bien crémeuses tandis que la plus grande suivait avec attention des joureurs de flêchettes. Il fait bon dans ces pubs, l'ambiance n'est pas avinée, la bière rend bavard et enjoué et souvent un groupe de musiciens local joue dans un recoin de l'établissement toujours tentaculaire avec de nombreux espaces intimes. Les enfants et leur maman y passent souvent les fins d'après midi après les courses en ville comme à Dublin, le soir après le travail on s'y retrouve avant de sortir tous ensemble au cinéma ou au restaurant. A minuit la cloche au comptoir sonne la fin de la vente de boissons alcoolisées et la fermeture, alors on "fait provision" dix minutes avant! J'ai conservé une photo de ce moment. Un moment parmi d'autre, un de ceux qui compte et dont on se souvient particulièrement avec des images, des odeurs et des sons forts.

De retour sur le continent, la vie a repris son cours mais plus tout à fait et même plus du tout comme avant. Un an plus tard, je demandais le divorce et je partais sur mon île...seule avec les enfants pour trois très longues années jusqu'à rencontrer un regard qui allait lui aussi changer les choses, le cours de l'existence.
Alors je repense à l'instituteur de l'île d'Aran et à son thé.




R, cette entreprise sera à deux notre oeuvre à la manière des compagnons du "devoir". Nous sillonnerons les routes
de l'existence attentifs à l'un et l'autre et aux autres.
Oui, notre amour s'est transformé en devoir envers les autres : nous sommes entrés en Amour, c'était le sens profond
de "nous y sommes"
Tu as raison, l'absence, la douleur, les gouffres ne sont rien comparés à l'ampleur de la tâche.
Partager, donner à boire à ceux qui ont soif. Nos mots rejoignent le sacré mais nous le savions déjà. 
Tu te souviens peut être quand  j'ai employé à ton adresse le mot : pasteur...
Je t'aime au delà R, de toute imagination mais pas de toute raison.

Je t'aime, je le sais avec Raison.

RS

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