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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

un train into the Wild, le retour(1)

 

Schefferville.8h00

 

Les moustiques m'assaillent sans grosse conviction. Sur le « quai » où M m'a conduit de bonne heure ce matin, je rencontre un géologue anglais professeur à Toronto, à Schefferville depuis une semaine. Il devait rendre compte du travail d'une étudiante en poste là depuis un mois. Il connaît Ronchamp et la chapelle du Corbusier! Dans le hall de la gare des photos attestent bien de la présence d'ours noirs en ville!, sur les rails même allongés comme des grosses peluches.

La ville minière au départ est construite sur une langue de terre en plein milieu d'un lac d'une très grosse ampleur. M me confie que les instituteurs ne restent jamais plus de 2 ans, les problèmes d'alcool créant des conditions difficiles.

Le retour ne m'effraye pas, la seule chose qui aurait pu me retenir ici aurait été la possibilité d'être hébergée par Michel mais pas de nouvelles. J'ai donc prévenu Gaston pour récupérer mon vélo ce soir mais je suis très relâche et faire le chemin à pied jusqu'à l'auberge ne m'aurait pas dérangée.

Par la fenêtre, les paysages ne me semblent pas si extrêmes ,des lacs majestueux et brillants toujours à perte de vue et des arbres feuillus et épinettes. Ce matin j'ai touché la surface du lac près de l'hôtel, ele était douce, limpide et caressante. Rien en semblait particulièrement hostile, M s'est confiée, une brave femme venu de la côte nord-est là où on n'accède uniquement par bateau ou avion. Elle travaille dur pour payer des études à sa fille, actuellement en voyage en France.

Je commence à ressentir sur ce quai de gare improbable, en observant à la dérobée ces blancs perdus au milieu des innus, le sentiment pionnier...Etre là sans être là et pourtant y tenir mordicus, une affaire d'honneur, de défi personnel. Réussir là où personne ne l'a tenté, définir toutes les tentatives futures. Mais aussi une vie côte à côte sans réel mélange, les uns et les autres se cotoyent sans plus. Les innus n'ont pas les mêmes marques de politesse, ils peuvent venir et repartir d'une réunion sans prévenir sans bonjour ni au-revoir. Par contre, on peut entrer chez eux comme on veut. La propriété n'est pas un postulat, d'ailleurs des enfants peuvent être élevés par une autre famille sans aucune forme d'adoption.

9h00

J'ai envie d'un retour plus intérieur, je viens de me réveiller près d'un lac, l'eau y court, l'eau et le train pourtant à l'arrêt semblent poussés par une main invisible. L'eau n'est pas profonde, en fait les battures ne sont pas les marées mais les grèves. Je pense que la majorité des étendues d'eau se traversent à pied, en bottes. Le paysage est plat et culmine à guère plus de 500m. A l'aller le jeune Sylvain était impatient d'arriver pas moi, je pensais que c'était l'appréhension du soir mais non. Ce matin au retour, je suis dans la même pensée sereine, celle de vouloir goûter à ce voyage par tous ses pores de minutes, d'eau et de bois. Le voyage est long, il est intérieur. J'ai pu lire le message de r, j'aurais pu lui répondre brièvement mais je n'en avais pas envie. Ce que je vis, je le transcris ici, maintenant, tout le long, en large et en profondeur.

Le but est atteint, « j'ai vu » que désormais je pouvais prétendre à une petite sérénité intime, la conviction que je n'aurai plus à douter de l'existence. Je repense à Michel et à son révolver ; drôle de type, tour à tour intello et manuel. Un homme qui se cherche et qui donc interroge les mots. Je l'ai tout de suite remarqué dans la foule bigarrée d'hier matin. Les personnes qui se réfléchissent, émettent des ondes « wireless », ils flottent aussi. En parlant avec lui hier soir devant un thé, j'ai voulu aller très loin et très vite, je savais le temps compté, j'ai repensé à notre idée R et moi: partager notre nouvelle foi, notre amour, l'étendre aux autres. J'ai vu la lumière sur son visage, tout doucement le recouvrir. Il m'a confié des choses très graves, il semblait heureux de pouvoir les « lâcher », mon voyage n'aura décidément pas été qu'un simple aller-retour.

 

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