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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

un train, une allure (2)

 

10h00

Je parcours le train. Mes pas font du bruit, le sol est humide et collant de désinfectant pas rincé. Les wagons arrières sont déserts, ils n'ont pas été nettoyés, on retrouve les restes des plateaux repas du groupe de voyage organisé..La nette impression qu'ils ont tous disparus, comme si ils étaient morts je ne les ai pas vu descendre : il pleuvait fort au moment là à Emeril jonction. Ils devaient reprendre un bus comme le groupe de jeunes canoéistes. Et puis je suis repassée dans le wagon où je me suis tenue pratiquement 14h hier. Je ressens qu'il s'est passé des choses, que j'ai avancé encore et encore;

Je veux retourner me baigner et prendre ce foutu temps que désormais j'ai pu toucher et peut être une randonnée dans la réserve faunique et un tour au Mingan à l'adresse de Brigitte. Je pense avoir eu mon compte d'émotion! Cette descente sur le quai noir et luisant d'éclairage violent...ce tourbillon dans une foule aveugle, portant le regard à la surface, cherchant une pierre où m'accrocher. Assise au fond d'une camionnette sautant fort sur les nids de poule d'une route en terre vers un village de baraquements insalubres, une rue qui n'en est pas une. Ce matin la statue rouge et décharnée d'un métallo, le sexe pointé à l'horizontal, les bras levés, tendus comme pour prendre dans les bras, serrer, se rassurer mais pas pour accueillir; on n'y pense pas ici, ce n'est pas l'urgence; gagner rapidement son argent en travaillant 7jours sur 7, de toutes façons il n'y a rien d'autre à faire puis partir loin, respirer vraiment dans mille fois plus petit mais respirer. A l'hôtel, un portrait de P. à la quarantaine assez commune...Comme j'ai détesté chez le dépanneur cette atmosphère de....macro? Je regrette mes mots sur J, certainement une pauvre fille qui aurait peut être eu besoin que l'on parle plus longuement, car ces 10mn où elle raconte très vite sa vie comme une excuse font mal finalement...

11h31

J'ai encore dormi. Si je ne devais jamais revenir.A mes côtés au wagon restaurant, trois hommes dont un français discutent en anglais. Apparemment Nataschuan doit le détour; que devient un amour lorque les amants ne se rejoignent plus, leur amour s'étiole et meurt? MA m'a raconté l'histoire de Mr V son voisin à Magog qui m'avait lavé ma bicyclette au jet sur le parking. A un mariage, il s'éprend de sa cousine mais très vite leur famille s'oppose à leur union, eux même s'interrogent sur la santé de leur éventuelle progéniture. Alors le jeune homme part au Costa Rica durant un an. Il lui écrit tous les jours. A son retour, toujours follement épris l'un de l'autre, ils se marient malgré l'avis de leur famille, ayant obtenu une autorisation du vatican. Ils auront 5 enfants tous bien portants et sans aucune anomalies génétiques.

Un an. Chacun à vivre chaque jour, écrire pour relater, se souvenir à l'infini, garder intacts ces quelques moments d'intimité, précieux. Faire revivre ces instants jusqu'à ce qu'ils perdent toute forme, toute figure dans l'espace concrêt, ne soit même plus retournable, ne soient plus qu'un songe que l'imagination inlassablement façonne et finalement remodèlise dans une matière de rêve, avec du feu, de l'eau, de l'air et de la terre. Pour cela le pays doit inspirer, dire les mots qui n'existent plus ou qui sont à inventer . Alors l'amour oui, devient un langage, fait de mots aussi tendres qu'érotiques, des mots qui portent ou caressent ; la syntaxe étant l'empreinte propre de chaque amant, son poids, sa dynamique de mouvement.

Je crois à cette heure atteindre ce moment, le souvenir est trop loin, ce n'est plus lui qui me sert à faire, à construire. L'amnésique va fabriquer ses aides, ses béquilles. C'est le film dont m'a parlé Michel : Novo Coso. Mon imagination fabrique, compense le manque. Elle a besoin de sommeil pour se ressourcer aussi autant que de regards sur les gens et les choses. Je vais m'arrêter alors, la recharge est à l'intérieur de moi, physiquement.

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