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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

une pizza nommée désir

mh 029 

L'hôtel, 8h

 

mh 030Elle vient de nous quitter cette femme indépendante. La vie a voulu à sa place lui voler morceau par morceau sa mémoire de femme aimante, de mère et d'artiste. Annie Girardot fera toujours partie de mon panthéon de personnes publiques pour des rôles successifs qui m'auront construite, affirmée, fait rire (La zizanie)et pleurer.

Elles vont depuis une petite semaine, me tirant la main ou au contraire recherchant son appui, ses limites. Je revisite ainsi de vieux classiques qui n'ont rien perdu de leur pertinence comme Superman (1978) avec deux autres grandes figures du cinéma : Marlon Brandon et Christopher Reeve. Elles ne marchent pas sur les sentiers, elles les effleurent, y batifolent, leurs pensées sont ailleurs je ne sais où!.

En les suivant ou les guidant, de grands flashes me reviennent alors : le défilé équestre place Stanislas sur un cheval rendu fou par les applaudissements qui se dressait sur les pavés blancs ; la descente au fond du gouffre chaud m'abandonnant toute entière...à la corde, à l'amant, à la paroi ruisselante et douce et à la seule lumière de la lampe à gaz pour la profondeur des sentiments et de l'instant ; une pêche à la mouche sur un lac d'altitude, l'attente impatiente, le regard rivé à la surface de l'eau et sur sa silhouette tendue d'un bout à l'autre de la canne au leurre coloré ; une brasse silencieuse seulement éclairée par la lune dans un étang blotti au flanc de la forêt, le reflet de l'astr sur l'eau comme une crème de lait, à cet endroit même ce rendez-vous manqué pour un lendemain tout autre.

Si tu plonges...chante Michel Berger. Ce que tu veux devient vrai si tu avances”.

Elles et moi, nous marchons, nous lisons, nous rions et ...pleurons pour un certain film de Becker : Elisa. Le propos est dure mais jamais autant que ce qu'Elles auront vécu et vivrons dans leur chair et leur coeur. Alors je les protège autant que je les aguerris : la vie est une jungle aussi dangereuse que merveilleuse.Mais souvent la question : qui suis-je pour se faire?

Je n'oublie pas qu'Elles sont des femmes en puissance, alors je leur chante Gentil coquelicot mesdames gentil coquelicot nouveau...Le soir, Elles s'endorment rapidement d'une fatigue saine, le matin, Elles savent prolonger la nuit de rêves tardifs bienfaisants. Ainsi, Elles ne me font plus craindre la nuit qui tombe. Le matin, je reprends la main, toujours animée d'un d'entrain débordant mais sachant les en "épargner" quelques heures encore (en écrivant par exemple, instant divin où chacun respire doucement sa présence). Il est difficile, seule avec Elles, d'alterner avec la même puissance: affection et contrainte. Je sais le mot alterner mal choisi mais lorsque l'une fait preuve d'un manque de savoir vivre évident en pleine assemblée, "ma grande" passe à l'as pour son prénom énoncé sur un ton sans équivoque. Dans un haut lieu du chocolat, Elle s'engouffre de boules croustillantes laissées dans une coupelle à la dégustation. Prise sur le fait, Elle stoppe son geste, la bouche pleine à craquer des délicieuses confiseries, la coupelle preque vide, les yeux ronds. La réprimande garde en respect un rire tout naturel devant une situation si burlesque! L'amour est contrainte et la contrainte est amour. Seule l'indifférence est absence...

Le Désir doit toujours dessiner le lendemain, la frustration est nécessaire. L'autre jour, nous avions marché toute la journée sous un ciel mi-figue mi-raisin, l'une expulsant par une toux répétée une bronchite finissante et l'autre clopinant avec difficultés sur des pieds incroyablement plats! Je préciserai que le terrain était pierreux et donc glissant et le dénivelé important. Nous avions pris notre repas dans une abbaye en ruines perdue au fond d'un vallon. Au milieu de l'église coulait une source dite miraculeuse, la petite y a lavé son visage timidement d'abord puis a nettoyé son nez par inspirations successives. Dans un creux de vieilles pierres à l'abri du vent, j'ai raconté une histoire d'autant plus incroyable que véridique. La réalité dépasse toujours la fiction. Si tu plonges...

Après quelques moments de découragements pour la petite et une chute "anticipée" pour la plus grande heureusement sans gravité, Elles sont rentrées radieuses de leur journée, des histoires incroyables plein la tête, des mini-victoires (sur elles-mêmes) inscrites pour toujours à leur actif, des techniques définitivement acquises par une pratique pour le moins répétée et le sac rempli de ces premières fleurs de printemps...Bref, après une telle journée, une pizza, leur plat préféré, s'imposait. En prévision, j'avais dument mené mon enquête et trouvé la meilleure de toute la ville grâce au seul souvenir gustatif d'une virée à Villerupt. Parvenues devant la devanture du petit restaurant, la petite a pu lire griffonné à la hâte sur un papier:

Fermeture exceptionnelle

ce soir

Monsieur Piccolo avait repoussé notre désir à notre plus grand...plaisir car nous avons quitté l'endroit "mortes de rire" de cette mésaventure. Une mésaventure pas si désagréable que ça, car déjà nous nous enthousiasmions pour une pizza encore plus méritée, plus désirée et donc certainement plus savoureuse!

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