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Levaisseaudor

Levaisseaudor

Ecrire, marcher pour laisser une trace. Correspondances imaginaires entre des êtres improbables. l'art "appliqué" de la rencontre. Actualité culturelle pas forcément actuelle. carnets (extraits) poético-philosophiques Impressions de voyage à mille lieues ou ici même.

waiting for high river-SR

Lundi 3 août, soleil à Montréal


R

Décidément les dimanches sont pluvieux à Montréal. J'ai coiffé le loomish et je suis partie à pied longeant Notre Dame vers les vieux quartiers. La pluie tombait drue, mais je déambulais sous le soleil d'un carré de toile en souriant.
J'ai parcouru Venise au moment de l'acqua alta juchée sur la tête de Stanley, un JACK Russel d'après une idée plaisante de Jana Sterbak, promenade au ras du sol dans la grande salle de la Fonderie Darling.

 Puis toujours les pieds dans l'eau mais le soleil en tête, j'ai poussé seule dans les vieilles rues désertées vers une exposition de micha Rovner.J'ai alors observé à la loupe des cultures d'humanité dans des boites de Pétri sous la forme d'images vidéo de sombres silhouettes humaines vues de loin en plongée opérant des rondes chorégraphiées dans le désert ou la neige. On pouvait sonder alors l'inhumanité, le ridicule ou la solidarité de ces colonies bactériennes ou de micro-organismes?..

Ensuite j'ai pris la "Main" jusqu'au Plateau, fouiller les bouquinistes jusque tard dans la nuit. Un Durand "la symbolique de l'imaginaire". Toujours Bachelard, parfois dans de vieilles éditions annotées par leur ancien propriétaire et puis les Élégies de Duino de R.M.R encartonné de parme aux lettres jaune d'or. Le précieux ouvrage dans les mains, j'ai pris le métro jusque Place des ARTS trouver le rythme endiablé et sympathique de Pat et les Bas Blancs. Un moment j'ai regardé le ciel sans étoiles mais enfin dégagé. Tristan Malavoy, sous la tente plus loin chantait les vers de Beaudelaire. Une poignée de spectateurs dont je faisais partie a entonné quelques refrains avant de s'éparpiller dans les rues luisantes de pluie sous la lumière crue des hautes tours environnantes. Ha que j'aime Montréal la nuit, sécure et moîte. sES tours lancent des éclairs et semblent sourire des vitrines toujours illuminées. Des groupes dHommes s'attardent devant les nombreux cafés nonchalands et pas méchants. Je marche d'un pas rapide et élastique malgré la chaussure blessant mon pied nu. Une jeune femme pianote sur son ordinateur derrière la vitrine sale d'un Second Cup ouvert 24h sur 24. Au Tim, le temps de reprendre ce café allongé à l'extrême qui m'hydrate toute la journée, je surprends un vieux couple de japonais, yeux dANs les yeux devant un thé et quelques jeunes gens perdus dans des lectures didactiques... Il est tard, je redescends la rue Guy, passe devant le Salvatory Army pour entrer juste au coin de la rue dans l'appartement où jonchent le sol des légendes iroquoises et celles du Fleuve des premiers missionnaires. J'aime me bercer de ces histoires troublantes pour découvrir et comprendre surtout une ville de prime abord incongrue qui peu à peu m'apprend sur elle et sur moi même : le choc des rencontres, l'ébranlement du destin qu'elles engendrent, la forme et l'élan absolument uniques qu'elles "inventent". Montréal est une femme, une île prenant dans ses bras le Fleuve, la vie et les hommes, leurs espoirs et leurs craintes.
Cette nuit, fermant les yeux au son de la musique, balançant mon corps en souvenir j'ai retrouvé tes gestes, ton regard sur moi et tes manières de faire, de dire aussi : toi t'habillant encore ruisselant, lançant nerveusement ta canne, serrant tes lèvres sur la cigarette ; ta conduite assurée, le bras sur l'accoudoir et ta main sur ma cuisse ; ton corps frissonnant entre mes jambes sans que plus rien d'autre n'existe même la chambre, la fenêtre et la lumière merveilleuse d'un matin à Vrs; assoupi sur la couverture de laine au milieu de la prairie alpine, ton chapeau sur les yeux, juste tes lèvres donnant envie ; me sussurant à l'oreille sous la tente au Cairn que cette nuit on avait tous les deux cassé des ombres ; fumant pieds nus sur la terre chaude et sous un carré d'étoiles justement ;..
Je sais que je ne dois pas me souvenir sinon je vais mourir loin de toi. J'ai trop besoin de ça. Tout ce que je découvre je meurs d'envie de te le faire partager, frissonner mon bras contre le tien, m'étonner mon regard tout près du tien, jusqu'à mastiquer à la même cadence que toi et surtout, surtout boire ces cafés allongés et t'embrasser après longuement, merveilleusement pendant des stations et des stations, parcourir ainsi Montréal dans ses entrailles de femme jalouse éternellement.
R je t'aime dans les profondeurs de mon être et dans les horizons dicibles de la vie que je veux avec toi.
Ne m'oublie pas, mon amour, je mourrais sinon.
s pour r uniquement

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